La transition vers une économie bas carbone et l’électrification croissante mettent en lumière une réalité incontournable : la demande en métaux va exploser. Ainsi, la demande en Cobalt, Lithium et Nickel pourrait être multipliée respectivement par 21, 42 et 19 d’ici 2040, tandis que l’Aluminium augmenterait de près de 40 % d’ici 2030 selon l’Institut International de l’Aluminium. De plus, le secteur minier est confronté à des difficultés croissantes, accentuées par le besoin urgent de répondre à la transition énergétique. Les grands producteurs de cuivre ont déjà annoncé un manque significatif d’investissement pour suivre le rythme de cette transition. D’autre part, la production est concentrée dans des régions sujettes à diverses tensions : fort stress hydrique, conflits géopolitiques et instabilité politique. Ainsi, les matières premières critiques deviennent de véritables armes économiques et diplomatiques, et un enjeu majeur à intégrer dans les stratégies des entreprises industrielles.

Une course lancée pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières

La future dépendance accrue envers les métaux critiques entraîne déjà des répercussions géopolitiques majeures. La Chine, par exemple, restreint de plus en plus ses exportations de matières premières critiques. Les stocks stratégiques réapparaissent à travers le monde, et de nouvelles alliances géopolitiques émergent : l’Australie devient ainsi une source d’approvisionnement domestique des Etats-Unis en échange de l’accès de ses entreprises aux subventions de l’IRA (Inflation Reduction Act). L’Indonésie, principal producteur de Nickel, émet également l’idée d’une création d’un cartel de pays producteurs de matières premières critiques, sur le modèle OPEP. Plus tôt en 2022, l’idée d’un cartel du Lithium (Bolivie, Pérou, Argentine) avait déjà été évoqué.

Pour contrer cette dépendance croissante, des initiatives telles que le Critical Raw Material Act en Europe, la création de fonds d’investissement dédiés et l’OFREMI en France ont été lancées pour sécuriser ces approvisionnements. Mais les défis pour l’industrie européenne restent immenses, ne bénéficiant que de peu de ressources sur son territoire.

Quelles conséquences pour les entreprises et comment s’adaptent-elles ?

Les entreprises tentent de s’adapter face au spectre croissant des pénuries. Les exemples sont nombreux : partenariats entre constructeurs automobiles et secteur minier, émancipation grâce à la R&D, nouvelles approches commerciales voyant le jour telles que les « Matières premières as a service », où des entreprises comme Glencore envisagent de « louer » le Vanadium dans les batteries…

De manière plus large, ces changements vont reconfigurer les chaines de valeurs historiques : relocalisation des industries minières et de transformation minérale sur de nouvelles zones, développement de l’économie circulaire et du recyclage des matières, exploration de nouvelles sources comme les grands fonds marins ou le spatial… Autant de menaces et d’opportunités pour les industriels.

Ainsi, la transition énergétique mondiale marque une ère où les métaux sont au cœur des enjeux stratégiques des Etats et des entreprises et où la sécurisation de l’accès à ces matières sera synonyme de puissance.

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Rafaël Sanchez
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